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Les contes de fée ne mentent jamais à ceux qui les écoutent, qu'ils soient des enfants ou des adultes...

Les contes de fée ne mentent jamais à ceux qui les écoutent, qu'ils soient des enfants ou des adultes...
Il était une fois un petit garçon qui s'appelait Peter et, une nuit, il frappa à la fenêtre de la petite Wendy pour lui proposer de s'envoler avec lui. Le petit garçon, qui avait le même âge qu'elle, affichait sur son visage un petit sourire narquois qui l'intriguait autant qu'il l'émerveillait. Une étincelle tournoyait autour de lui à une vitesse stupéfiante, dissipant les ténèbres de la chambre par la lumière qu'elle irradiait. La petite Wendy avait répondu au garçon qu'elle ne pouvait pas accepter l'invitation d'un étranger si elle n'en savait pas un peu plus sur lui. Qui était-il ? D'où venait-il ? Voilà ce qu'elle devait au moins savoir avant de pouvoir lui faire confiance. L'horloge sonna les douze coups de minuit lorsqu'il lui murmura, avec un sourire énigmatique, qu'il ne connaissait pas lui-même la réponse à ces deux questions, mais que si elle acceptait de s'envoler avec lui, il lui dirait ce que les autres pensaient de lui. En entendant ces paroles, la petite Wendy écarta ses couvertures et sortit de son lit. « Alors allons-y. » lui répondit-elle.

Il était une fois un petit garçon qui s'appelait Peter, et tout ceux qui le connaissaient pensaient qu'ils ne le verraient jamais grandir et qu'il resterait toujours cet enfant prisonnier de ce monde imaginaire où il était à l'abri de la souffrance comme de la tristesse. En le voyant voler librement dans le ciel et en contemplant la manière joyeuse dont il se promenait au milieu des nuages, ils se mettaient à souhaiter pouvoir devenir à nouveau aussi naïf et innocent que ce petit garçon, et tout comme lui le demeurer à jamais. Mais lorsque la petite Wendy aperçût son visage éclairé par la pâle lumière de la lune, elle y déchiffra le désir de goûter, juste une fois, à l'amour d'un père et d'une mère. Et à ce moment là, elle comprît que même l'innocence ne suffisait pas pour vous protéger de la souffrance.

Il était une fois un petit garçon qui s'appelait Peter, et son pire ennemi était un pirate sans pitié surnommé le capitaine Crochet. Même s'il ne l'aurait avoué pour rien au monde, le capitaine Crochet enviait l'éternel jeunesse de son ennemi, mais plus que tout, il haïssait le sourire moqueur qui était perpétuellement sur le visage du petit chef des enfants perdus. Ce sourire qui semblait proclamer au monde entier qu'il en était le roi et qu'en tant que tel, il pouvait se permettre de tourner en dérision tout ce qui lui plaisait, de la manière qui lui plaisait, et au moment qui lui plaisait. Une nuit, le capitaine Crochet s'introduisit discrètement dans l'arbre mort où les orphelins se pensaient à l'abri de sa colère, et il contempla son adversaire endormi, son éternel sourire narquois sur les lèvres. Et à ce moment là, le vieux pirate se demanda comment il était possible que quelqu'un puisse continuer de sourire tout en paraissant sur le point de verser une larme.

Il était une fois un petit garçon qui s'appelait Peter et qui aimait sincèrement la petite Wendy. Mais il n'avait pas pu trouver de solution au problème que cela lui posait. Wendy était une petite fille normale, une fleur qui allait finir par s'épanouir, grandir, tomber amoureuse et avoir des enfants. Peter était tout sauf un petit garçon normal, et le temps était une prison pour lui. Wendy appartiendrait toujours à sa famille, au soleil, et à toutes les personnes qui l'aimaient ou finiraient par l'aimer ; lui appartiendrait à tout jamais au pays imaginaire et aux enfants perdu qui s'y étaient réfugié.

Il était une fois un petit garçon qui s'appelait Peter et il ne croyait pas que les contes de fées devaient toujours avoir une fin heureuse. Il murmura ses adieux à Wendy avant de s'apprêter à s'élancer dans le ciel, pour retourner à la vie d'éternelle solitude qu'il avait toujours connu. Mais une douce voix résonna derrière lui, le poussant à s'interrompre pour se tourner vers la personne qui venait de lui parler. La mère de Wendy, qui s'était penché vers lui pour déposer un baiser sur sa joue, un geste rempli de tendresse et d'affection maternelle. Quelque chose qu'il n'avait jamais goûté auparavant. Une saveur aussi étrangère que merveilleuse pour lui. Une chose qu'il n'avait jamais ressentie auparavant. Une chose qui lui donnait l'impression de respirer de nouveau après avoir longtemps retenu son souffle.

Il était une fois un petit garçon qui s'appelait Peter et il vécût dans le pays imaginaire jusqu'au moment où il disparut mystérieusement, au cours d'une nuit, sans plus jamais réapparaître par la suite. Certains murmurèrent que les rares pirates qui avaient survécu avaient fini par prendre leur revanche, en le tuant et en dissimulant son cadavre dans les profondeurs de la forêt, là où aucun être humain n'oserait jamais s'aventurer. D'autres ajoutèrent que les animaux sauvages avaient du y dévorer son corps, sans laisser la moindre parcelle de chair pour les vers. D'autres encore préférèrent s'imaginer qu'il s'était jeté dans l'océan et s'y était instantanément dissous en une myriade de bulle, de la même façon que finissent par le faire les sirènes. La possibilité qu'il s'était décidé à quitter le pays imaginaire ne vint à l'esprit de personne.

Il était une fois un petit garçon qui s'appelait Peter, et plus de mille ans s'étaient écoulés dans le pays imaginaire lorsqu'il y revint pour prendre de nouveau soin des enfants perdus. Quand il rendit finalement son dernier souffle, allongé sur l'herbe chaude de l'île où il était enfin revenu après une si longue absence, il n'y eût pas le moindre sourire moqueur ou la moindre larme sur son visage. Non, seulement le sourire serein d'un homme qui avait goûté aux doux effluves de l'amour comme à l'amertume des regrets, et les avait accueilli tout les deux sans chercher à s'enfuir.

Il était une fois une petite fée nommée conte de fée, une petite luciole qui virevolte dans vos rêves et éloigne les cauchemars de votre âme par la lumière qu'elle y apporte. Les mensonges ne peuvent pas vous protéger des créatures qui rodent dans les ténèbres de la nuit.

Les mensonges vous aident à fuir les aspects les plus durs de la réalité en vous laissant croire ce que vous avez envie de croire. Les contes de fées vous disent de croire que l'impossible peut devenir possible, et vous aident à affronter la réalité, même quand elle se présente sous ses aspects les plus terrifiants.

Les contes de fées ne mentent jamais.

# Posté le lundi 31 décembre 2007 06:20

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