J'aimerais être consolée de ce jour sans lumière, j'aimerais que quelqu'un vienne et me parle comme si j'avais cinq ans et me dise qu'à partir de demain, effort après effort, les choses vont s'arranger et que je vais enfin pouvoir devenir la fille que je veux être et atteindre la vie que j'aimerais vivre, et alors, peut-être m'endormirais-je ce soir sans rides sur mon front et sans larmes au coeur. Alors, peut-être demain me réveillerai-je avec un sourire aux yeux et une force nouvelle, une croyance nouvelle...
Je voudrais qu'il y ait de la lumière dans ma maison et que les jours ne soient plus gris et tristes comme des flaques d'encre sur un mur blanc, je voudrais que mes yeux aperçoivent un sourire sur le miroir tacheté et qu'il y ait des milliers d'espoirs éparpillés sur le chemin qui mène à la route, je voudrais qu'un chat au regard plein de tendresse vienne se blottir sur mes genoux comme moi je ne pourrai jamais le faire, je voudrais qu'on me caresse l'épaule pour me signifier qu'il est l'heure de se lever et qu'on me dise quel jour on est, et pourquoi pas aujourd'hui et pourquoi pas demain. Je voudrais que les nuits soient comme des caresses et le sommeil comme une larme sur la joue d'un enfant, je voudrais m'endormir sur moi-même avec une petite lumière au creux de la main et puis me réveiller au milieu de la nuit pour la donner à mon coeur blotti au creux de mon corps. Je voudrais qu'il y ait des tas d'étoiles par terre et des bougies partout dans ma maison et puis...
Mais tous les jours, se réveiller le vide au creux du corps, et voir son visage morose dans le miroir et se répéter qu'il y en a encore un, encore un jour sans savoir où se trouve le bout du chemin, et tous les jours se haïr d'être là, telle que l'on est, amoureuse de toutes celles qu'on ne sera jamais...Et tous les jours espérer sans croire qu'une étincelle va jaillir sous vos pieds fatigués, et tous les jours espérer sans pouvoir devenir celle que l'on a imaginée...
Et tous les jours voir ses mains répéter les mêmes gestes et sentir le même étau dans la poitrine, la peur, la peur de soi, qui s'etend, et se repût de vous...Et tous les jours se dire que le soir, on sera semblable à la veille, et tous les jours se dire que l'on attend le soir pour mourir un peu plus...